Transgresser le genre au travail

Aujourd’hui en France, il existe une très faible part de métiers mixtes, alors que la population active homme-femme est pratiquement égalitaire (en 2022, 49,0 % des actifs de 15 à 64 ans sont des femmes en France, source INSEE.)

Dans un article publié par LepC en septembre 2023, nous rappelions déjà que cet éloignement de la parité pouvait s’observer notamment dans certains secteurs comme la santé où 87 % des praticiens en soins infirmiers et maïeutique (sages-femmes) sont des femmes. Au global, 47 % des femmes actives se concentrent sur une douzaine de métiers dans la nomenclature INSEE qui comprend pourtant 87 métiers.

Les stéréotypes de genre gardent la peau dure dans un monde du travail dans lequel il existerait des métiers « réservés » aux hommes et d’autres aux femmes.

Ces stéréotypes engendrent des inégalités qui ont un coût humain mais aussi financier. Le chiffre est vertigineux : les pertes de richesse engendrées chaque année par la France en raison des inégalités femmes-hommes est de 118 milliards d’euros(*).

Sur le marché du travail, pour réduire les inégalités professionnelles et salariales, les entreprises d’au moins 50 salariés doivent d’ailleurs négocier un accord en faveur de l’égalité professionnelle ou à défaut un plan d’action.

Nous avons déjà évoqué l’importance de la mixité dans les métiers dits « masculins » mais qu’en est-il des hommes qui choisissent des métiers dits « féminins » ? 

 

Les hommes qui exercent des métiers traditionnellement considérés comme féminins doivent faire face à de nombreux défis en raison des stéréotypes de genre qui conduisent à des préjugés et qui peuvent leur valoir des remises en cause à la fois par l’environnement extérieur, mais aussi de la part de leurs proches, en raison de ce choix de carrière considéré comme atypique. Ils peuvent même ressentir une pression du fait de leur non-conformité aux attentes sociales. Les stigmates qu’on impose aux hommes qui transgressent les normes de genre sont encore nombreux (soupçon de fragilité, d’incapacité à faire mieux).

D’après la sociologue Marie Buscatto « La société leur renvoie l’image de ne pas être « un  vrai homme » ou de ne pas avoir été capable de décrocher un métier dans lequel  ils pourraient exercer leurs capacités techniques, leur virtuosité, leur force, leur intelligence. »

Bien sûr, on ne devrait pas être limité par les attentes sociales basées sur le genre, car la mixité s’avère bénéfique pour :

La diversité de perspectives : des expériences professionnelles différentes apporteront innovation, créativité et synergie dans les équipes. Diversifier les compétences est un réel facteur de compétitivité et de performance.

La promotion de l’égalité de genres : encourager la participation des hommes dans des métiers traditionnellement féminins et des femmes dans des métiers dits masculins contribue à l’égalité des genres, bat en brèche les stéréotypes de genre en rappelant que tous les individus doivent avoir des opportunités égales dans tous les domaines.

Un environnement inclusif entraine enfin une plus grande satisfaction des employés, une rétention améliorée des talents et a un rôle positif sur la marque employeur. Côté recrutement, s’ouvrir à des profils différents, élargir son vivier est nécessaire en cas de pénurie de candidats.

Être un homme dans un métier traditionnellement féminin peut même devenir un tremplin professionnel : c’est ce que l’on appelle le phénomène de « l’escalator de verre », inventé par la sociologue américaine Christine Williams dans les années 1990.

Prenant le contre-pied du concept de « plafond de verre » qui, lui, souligne la difficulté pour les femmes d’accéder à des postes à responsabilités, « l’escalator de verre » explique que les hommes occupant des professions traditionnellement féminines (tels que les secteurs des soins de santé, du social, de l’enseignement, le domaine culinaire…), bénéficieront rapidement d’une série d’avantages invisibles qui pourront les propulser à des postes de management, à des fonctions supérieures en raison de leur sexe. 

S’ils restent minoritaires dans la profession, les hommes sont en proportion plus nombreux que leurs collègues femmes dans les emplois de cadres, les directions des syndicats, ou exercent plus souvent des spécialités pointues ou fortement valorisées sur le plan technique.

On observe cependant, dans les professions dites « féminines »,  que les hommes présents sont souvent issus de minorités, et victimes de discrimination en raison de leur orientation sexuelle, de leur couleur de peau ou encore de leur origine. En rejoignant une profession où ils sont minoritaires, c’est aussi l’opportunité pour eux de se distinguer et de bénéficier d’une reconnaissance professionnelle basée sur les compétences.

Aujourd’hui, si les attitudes sociales évoluent et que de nombreux efforts sont faits pour briser les stéréotypes de genre et promouvoir l’égalité professionnelle, il est important de noter que la simple présence d’hommes dans des métiers traditionnellement féminins et la présence de femmes dans des métiers masculins ne résout pas tous les problèmes liés à l’égalité des genres. Il est essentiel de créer des cultures inclusives au sein même des entreprises afin de permettre à chacun, indépendamment de son genre, de s’épanouir professionnellement quel que soit le secteur.

 

Sources :

Les «masculinités à l’épreuve des métiers féminins Maris Buscatto & Bernard Fusulier

(*) Le coût des inégalités salariales en France, la Fondation des femmes et Genres et statistiques.

Enquête sur la mixité des métiers dans les filières techniques et technologiquesLes entreprises pour la Cité – 2022

Les entreprises pour la Cité propose tout au long de l’année « Osons un métier technique » pour briser les stéréotypes de genre sur l’ensemble du territoire. Date du prochain événement :

Osez un métier technique » – 02/02/24 : Nice : Inscriptions 

Restitution de l’enquête sur la mixité des métiers à Nantes – le 20 février à 10h : Inscriptions

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