LE SAVIEZ-VOUS ?

En France, quel pourcentage de femmes de 18 à 79 ans a vécu un épisode dépressif au cours des douze derniers mois ? 

18,2 % des femmes, contre 12,8 % des hommes du même âge.

Dans un rapport, publié lundi 2 novembre, « Santé mentale : genre et troubles dépressifs, pourquoi les femmes sont-elles plus à risque ? » le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes montre que le risque de dépression est plus élevé chez les femmes que chez les hommes.

Cet écart apparaît dès la puberté et se retrouve à tous les âges de la vie et dans tous les milieux sociaux et est le produit d’une construction sociale, les femmes étant, tout au long de leur vie, plus exposées aux inégalités et aux violences.

Longtemps, l’hypothèse hormonale a été mise en avant : en cause, les changements d’humeurs liés aux menstruations, à la grossesse, à la ménopause, etc. Or, des recherches récentes montrent que les facteurs biologiques ne jouent qu’un rôle minime, face à l’environnement socioculturel et économique.

La vulnérabilité des femmes aux troubles dépressifs s’inscrit dans des rapports sociaux qui les exposent davantage à la précarité, aux violences, à la charge mentale, aux risques psychosociaux, à l’isolement… 

C’est à l’adolescence, dès 12 ans, que se situe le point de bascule. Il s’observe en classe avec, en fin de collège, 57,7 % des filles qui déclarent « un bon bien-être mental » contre 80,3 % des garçons, selon une enquête de Santé publique France, publiée en juin. Mais aussi à l’hôpital : en 2025, on compte près de cinq hospitalisations pour tentative de suicide ou automutilation pour 1 000 filles de 10 à 19 ans, le taux le plus élevé tous âges et sexes confondus, selon des chiffres de la Drees, la direction statistique des ministères sociaux.

Si à partir de 12 ans, les filles présentent davantage de symptômes dépressifs, d’anxiété, d’idées suicidaires et de conduites auto-agressives, c’est aussi parce qu’elles sont plus exposées aux normes de beauté, au contrôle du corps, au harcèlement sexiste et aux violences sexuelles. Les réseaux sociaux peuvent renforcer ces pressions par la comparaison sociale et l’exposition à des contenus qui valorisent des apparences irréalistes, l’automutilation ou les troubles alimentaires.

La grossesse et les mois qui suivent l’accouchement sont marqués par une prévalence élevée des symptômes dépressifs.

La grossesse est une période de suivi médical régulier. Elle reste pourtant, avec les mois qui suivent la naissance, un moment où des symptômes dépressifs peuvent passer inaperçus. D’après l’Enquête nationale périnatale de 2021, 16,7 % des femmes ayant accouché en France hexagonale présentaient, deux mois après la naissance, des symptômes évocateurs d’une dépression du post-partum.

Les difficultés peuvent débuter pendant la grossesse. Les antécédents de troubles psychiques, la précarité, le manque de soutien et les violences conjugales comptent parmi les facteurs de risque. À cela s’ajoute une difficulté à prendre la parole. Dans une période que l’entourage associe au bonheur, dire que l’on va mal peut être vécu comme un aveu d’échec. Le HCE plaide pour que le suivi de la mère, y compris psychologique, se poursuive après la naissance.

Lorsque les deux parents reprennent le travail, les mères continuent d’assumer la plus grande part des tâches domestiques et parentales, ainsi que l’organisation du quotidien. Cette charge s’ajoute à des parcours professionnels plus souvent marqués, chez les femmes, par le temps partiel, les interruptions d’activité ou la précarité de l’emploi.

Cet effort est peu reconnu. Plus largement, le Haut Conseil à l’égalité rappelle que, dans le monde du travail, les femmes sont davantage exposées que les hommes aux risques psychosociaux, au harcèlement sexuel et aux agissements sexistes.

À l’approche de la ménopause, les troubles du sommeil peuvent accentuer la fatigue et peser sur le moral. À ces changements physiques peut s’ajouter le sentiment d’être moins considérée en raison de son âge, notamment au travail. Chez certaines femmes, ces difficultés se cumulent et peuvent contribuer à l’apparition de symptômes dépressifs.

Puis, à la retraite, les inégalités de parcours professionnel se traduisent aussi dans les revenus. Une pension modeste réduit les possibilités de se déplacer ou de maintenir des activités. Le veuvage, plus fréquent chez les femmes, peut encore restreindre les contacts quotidiens.

La dépression est souvent masquée par des plaintes somatiques, un retrait relationnel ou une perte d’élan. Ces manifestations peuvent être considérées comme des conséquences normales du vieillissement. Cette banalisation contribue à retarder le repérage et l’accès aux soins.

Le genre se combine à d’autres facteurs tels que l’origine ethnique, la classe sociale, l’orientation sexuelle, le handicap etc. La notion d’intersectionnalité permet de penser conjointement ces rapports sociaux, en montrant comment ils s’entrecroisent, se renforcent mutuellement et produisent des formes spécifiques de discrimination, de privilège ou d’invisibilisation. Une telle perspective d’analyse est indispensable pour éviter qu’une partie des publics concernés ne demeure dans les angles morts des politiques publiques. 

Parmi ses 42 recommandations, le HCE demande une meilleure prise en charge financière des psychothérapies et des mesures pour renforcer la présence de professionnels de la psychiatrie dans les territoires sous-dotés. Il propose aussi d’inscrire la réduction des inégalités entre les femmes et les hommes parmi les objectifs explicites de la prochaine stratégie nationale de santé mentale. Une ambition qui engage les services de santé, mais aussi l’école, les employeurs et les acteurs qui accompagnent les personnes âgées.

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