Santé mentale : les professionnels de l’emploi et de l’éducation en première ligne face à une hausse massive des besoins

Alors que la santé mentale a été proclamée Grande Cause nationale, la Charte de la diversité publie une étude inédite menée entre juillet et octobre 2025 auprès de 1 230 professionnels de l’emploi et de l’éducation.

Ses résultats sont sans appel : la demande explose. Si les équipes de terrain se mobilisent, elles manquent encore d’outils (formations adaptées, protocoles opérationnels, coordination avec le secteur de la santé) pour répondre efficacement aux situations rencontrées.

Dans un contexte où un quart des adolescents présentent des signes d’anxiété et 40 % des symptômes dépressifs (sondage Ipsos, mars 2025), cette enquête apporte un éclairage concret sur les réalités quotidiennes des acteurs de première ligne.

« Au fil de cette étude, une évidence s’impose : la santé mentale est devenue un impératif d’action. Les équipes sont engagées, mais trop souvent isolées, faute de formations, de repères clairs et de relais de proximité. »

Yann Tanguy, secrétaire général de la Charte de la diversité.

Volet emploi : des professionnels engagés mais isolés

Réalisée auprès de 541 acteurs de l’emploi (France Travail, missions locales, associations d’insertion, collectivités…), l’enquête montre une mobilisation forte, mais aussi de sérieuses limites structurelles.

  • 90 % des professionnels de l’emploi jugent la santé mentale plutôt ou tout à fait prioritaire dans leur mission.
  • 75 % constatent une forte augmentation des besoins d’accompagnement psychologique.
  • 24 % estiment que plus de la moitié des personnes accompagnées présentent des fragilités psychiques.

Les symptômes les plus souvent observés : troubles anxieux et dépressifs (19 %), absentéisme et abandons de parcours (15 %), difficulté à se projeter dans l’avenir (15 %).

Pourtant :

  • 19 % des professionnels n’ont reçu aucune formation spécifique à la santé mentale.
  • 28 % des structures n’ont aucun contact avec les acteurs de santé mentale.

Les freins majeurs cités : saturation des services (24 %), manque de coordination (16 %) et méconnaissance mutuelle (19 %).

Les professionnels demandent la création d’annuaires locaux de ressources (17 %), le déploiement de permanences psychologiques dans les structures d’insertion (19 %) et la mise en place de protocoles de repérage et d’orientation (15 %).

Des territoires particulièrement exposés

Dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), près d’un répondant sur deux (46 %) des professionnels de l’emploi estime que les habitants rencontrent des obstacles spécifiques à l’accès aux soins psychiques : méconnaissance des ressources, stigmatisation, difficultés financières, priorisation des besoins et délais d’attente trop longs.

« Les habitants des QPV cumulent précarité, inégalités d’accès aux soins et défiance institutionnelle. La mise en place de relais de proximité et d’actions coordonnées sur les territoires est essentielle pour prévenir les ruptures » rappelle Yann Tanguy.

Volet éducation : un système scolaire sous tension

Côté éducation, 715 professionnels (professeurs, chefs d’établissement, CPE, infirmiers scolaires) ont participé à l’étude.

Les résultats confirment une dégradation rapide du bien-être des élèves.

  • 70 % des personnels jugent la santé mentale prioritaire.
  • 89 % constatent une hausse des besoins, dont 73 % une forte augmentation.
  • 78 % estiment que la dégradation de la santé mentale affecte le fonctionnement de leur établissement.

Mais seuls 42 % ont suivi une formation formelle sur le sujet (23 % une formation approfondie, 19 % une sensibilisation).

59 % des établissements ne disposent d’aucun protocole clair de repérage ou de signalement, et 40 % ne bénéficient d’aucune intervention de professionnels de santé mentale.

Les principaux obstacles : manque de formation (19 %), manque de temps (21 %), effectifs trop importants (16 %) et absence de relais spécialisés (12 %).

Les enseignants se disent globalement à l’aise pour détecter (74 %) et orienter (70 %) les élèves en souffrance, mais beaucoup décrivent un accompagnement encore informel, dépendant des initiatives individuelles.

Des pistes concrètes pour agir

À la suite de ces constats, les acteurs de terrain de l’éducation et de l’emploi formulent les orientations suivantes :

  • Former massivement les professionnels de l’emploi et de l’éducation aux enjeux de la santé mentale ;
  • Déployer des permanences dédiées ou renforcer les équipes de spécialistes au sein des structures d’insertion et des établissements scolaires ;
  • Développer des outils opérationnels : protocoles partagés de repérage et d’orientation, annuaires de ressources, groupes d’échanges ;
  • Renforcer l’offre de proximité pour faciliter l’accès aux accompagnements ;
  • Organiser une coordination renforcée avec l’ensemble des acteurs de santé ;
  • Intensifier la prévention et lutter contre la stigmatisation de la santé mentale en entreprise comme à l’école.
SecteurSanté mentale jugée prioritaireForte augmentation des besoinsAbsence de contact ou d’intervention de professionnels en santé mentaleFormation ou sensibilisation suivie sur la santé mentale
Acteurs de l’emploi90%75%28%26%
Acteurs de l’éducation70%73%40%42%

Cette étude inédite met en lumière un consensus : sans renforcement des moyens humains, sans formation et sans coordination, les professionnels de première ligne ne peuvent plus faire face, seuls, à la montée des fragilités psychiques.

Il est urgent de bâtir des réponses systémiques, de mieux relier les réseaux éducation-emploi-santé et de lutter contre la stigmatisation pour redonner à chacun les conditions d’une réussite durable.

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