Muscler sa répartie face aux micro-agressions

Témoignage – Michèle Ruffault, créatrice de “Muscle ta répartie” 

Développé par Michèle Ruffault, Muscle ta répartie se présente comme un entraînement intensif à la self-défense verbale. Objectif : apprendre à faire face aux micro-agressions, changer ses réflexes sans se trahir et s’approprier huit stratégies concrètes de réponse.

D’où est née l’idée de “Muscle ta répartie” ?

L’idée est née d’un mauvais rêve, il y a deux ans et demi. Un retour brutal à une situation vécue lorsque j’étais consultante : en réunion, la parole était systématiquement adressée à l’homme présent, comme si mon expertise comptait moins.

De cette scène est née une question : que faire ? En interrogeant d’autres femmes, le constat s’est imposé. Toutes portaient des blessures, parfois liées à un seul épisode, mais nourries par une même frustration : ne pas avoir su répondre sur le moment.

La formation à la systémique que j’ai suivi à l’IGB ainsi que les travaux d’Emmanuelle Piquet ont joué un rôle déclencheur. Sa conviction : pointer du doigt l’harceleur ne suffit pas, et peut même le conforter. Il faut plutôt renforcer les personnes ciblées, leur donner des moyens d’action.

Le parallèle avec l’entreprise s’est imposé, notamment face aux comportements sexistes ordinaires, souvent dissimulés derrière une « blague douteuse ». De là est né Muscle ta répartie, avec des ateliers en entreprise destinés à transmettre des stratégies concrètes de réponse.

L’enjeu dépasse le cas individuel. Il s’agit de sortir du déni, de la culpabilité, et de rappeler que certains comportements ne relèvent pas de la maladresse mais de l’illégalité. Apprendre à dire stop, c’est aussi se redonner du pouvoir.

À l’origine centrée sur des ateliers, l’initiative s’est prolongée par un podcast lancé il y a un an, où se croisent témoignages de victimes et éclairages d’experts de la répartie, de la voix ou de la communication.

On a tous vécu ce moment où la bonne réponse nous vient… mais 10 minutes trop tard. Qu’est-ce qui se joue dans notre cerveau à cet instant-là ?

C’est une expérience largement partagée : trouver la réplique juste… dix minutes trop tard. Sur le moment, les émotions brouillent souvent la réponse. Colère, gêne, surprise : il faut parfois quelques secondes, voire davantage, pour identifier ce que l’on ressent et parvenir à le formuler.

À cette latence s’ajoute l’effet de sidération, qui fige la réaction. Le silence de l’entourage peut encore renforcer ce blocage : par réflexe d’allégeance au groupe, chacun hésite à rompre l’équilibre apparent. Résultat, la parole reste en suspens.

D’où l’intérêt d’acquérir plusieurs registres de riposte, pensés pour reprendre la main sans escalade inutile : poser clairement une limite avec un « stop », questionner l’interlocuteur pour le confronter à ses propos, inverser les rôles afin d’en révéler l’absurdité, ou encore pousser la remarque à l’extrême pour la tourner en dérision. D’autres stratégies reposent sur le décalage : remercier, tourner la situation à son avantage, surprendre par une réponse cash ou “prescrire le symptôme”, en invitant l’auteur de la remarque à aller au bout de sa logique.

L’objectif n’est pas de blesser, mais de désamorcer, de signifier un refus et de sortir de l’impuissance. Au-delà de la formule, l’enjeu est de s’autoriser à répondre et, parfois, de formuler enfin ce que l’on n’a pas pu dire sur le moment.

S’il fallait donner une seule phrase ou un réflexe simple à garder en tête face à une micro-agression, ce serait quoi ?

S’il fallait retenir une formule, ce serait : « C’est-à-dire ? » Une phrase simple, qui permet de signifier son désaccord sans rompre la relation. Elle donne à l’autre l’occasion de préciser, voire de se reprendre, tout en offrant à la personne visée quelques secondes pour reprendre le contrôle.

Cette réponse s’inscrit dans un ensemble plus large de stratégies : dire stop, inverser les rôles, exagérer, remercier, recadrer, choquer ou encore « prescrire le symptôme ». Dans ce dernier cas, face à une interruption ou une correction permanente en réunion, il s’agit de demander explicitement à l’autre de poursuivre : « Fais la liste de tout ce qui ne va pas. » ou encore passer de “arrête” à “continue ça m’aide » car transformé en injonction, le comportement perd souvent de sa force.

L’objectif reste le même : répondre sans s’épuiser, déplacer le rapport de force et sortir de la sidération. Longtemps majoritairement féminins, les ateliers attirent aussi de plus en plus d’hommes, souvent témoins de ces situations, ou désireux de transmettre à leurs filles des réflexes utiles.

Est-ce qu’il vous est déjà arrivé de ne pas réussir à répondre vous-même ? Et dans ces cas-là, comment gérer ?

Oui, bien sûr. Dans ces moments-là, mon premier réflexe consiste à m’observer : comprendre ce qui m’a bloquée, identifier l’émotion, puis attendre qu’elle retombe.

Avec le temps, j’ai appris à intervenir plus systématiquement face aux remarques sexistes générales, pour ne pas laisser s’installer un climat nourri de stéréotypes et de préjugés.

Lorsque la remarque me vise directement, j’essaie aussi de prendre du recul, de ne pas ruminer. Et si la relation compte, je préfère revenir sur l’épisode en tête-à-tête, avant que la situation ne s’enlise.

Les ressources Muscle ta répartie

  • Youtube : ICI
  • Les principales plateformes de podcast audio : ICI
  • 15 Punchlines utiles pour réagir aux microagressions au travail : ICI

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