Le poids du sexisme : un impact jusque dans la santé mentale

Après le mouvement #MeToo, beaucoup espéraient un changement durable. Pourtant, plusieurs études montrent que les normes sexistes restent bien présentes, notamment chez certains hommes de la génération Z. Ces attitudes ont des effets qui dépassent les relations sociales : elles influencent aussi la santé des femmes et des hommes et se reflètent dans le fonctionnement des institutions.

Les chiffres clés

  • 33 % des hommes de la génération Z estiment qu’une femme devrait obéir à son mari
  • 86 % des Françaises déclarent avoir déjà vécu une situation sexiste
  • 1 femme sur 3 dans le monde a subi des violences physiques ou sexuelles 

Des représentations qui résistent au renouvellement générationnel

Contrairement à l’idée d’un progrès linéaire vers l’égalité, certaines enquêtes suggèrent une persistance de représentations traditionnelles sur les rôles respectifs des femmes et des hommes, notamment chez les plus jeunes générations.

Une étude récente, menée dans vingt-neuf pays auprès de 23.000 personnes par Ipsos et le Global Institute for Women’s Leadership du King’s College London et relayé par  The Guardian révèle qu’un tiers des hommes de la génération Z (nés entre 1997 et 2012) considère qu’une femme devrait obéir à son mari alors que cette opinion n’est partagée que par 13% des baby-boomers.

D’autres indicateurs confirment la persistance de normes masculines traditionnelles. 24 % des jeunes hommes interrogés estiment que les femmes ne devraient pas paraître trop indépendantes ou autosuffisantes et 21 % considèrent qu’un homme très impliqué dans l’éducation de ses enfants est moins masculin.

Les résultats varient toutefois fortement selon les pays et contextes culturels. A titre d’exemple, la proportion de personnes estimant que les hommes devraient avoir le dernier mot dans les décisions, atteint 66 % en Indonésie et 60 % à Macao, contre 23 % aux États-Unis et 13 % au Royaume-Uni.

Un sexisme quotidien encore largement répandu

En France, le dernier rapport du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes, indique que 86 % des femmes déclarent avoir déjà été confrontées à une situation sexiste, allant de remarques déplacées à des pressions sexuelles ou à des violences.

À l’échelle mondiale, les données publiées par UN Women montrent que près d’une femme sur trois a subi des violences physiques ou sexuelles au cours de sa vie.

Certaines formes de discrimination sont plus diffuses. Les chercheurs parlent de « sexisme bienveillant », un ensemble d’attitudes paternalistes ou de stéréotypes qui renvoient les femmes à des qualités supposées de douceur ou de fragilité, contribuant à maintenir des rôles de genre traditionnels.

Pour de nombreux chercheurs, ces comportements s’inscrivent dans un phénomène plus large : le sexisme structurel, c’est-à-dire des inégalités durables entre hommes et femmes dans l’accès au pouvoir, et aux opportunités économiques et professionnelles.

Des biais persistants dans les institutions et les technologies

Le sexisme structurel peut également se manifester dans certaines pratiques institutionnelles.

Dans le domaine médical, par exemple, des recherches indiquent que les douleurs exprimées par les femmes sont plus souvent minimisées et qu’elles obtiennent plus difficilement des traitements antidouleur que les hommes.

Ces biais illustrent la manière dont les stéréotypes de genre peuvent influencer la prise de décision dans les systèmes de soins.

Le sexisme structurel peut également se manifester dans des domaines plus inattendus, comme les technologies numériques et l’intelligence artificielle.

Fin 2019, l’algorithme utilisé par la carte de crédit d’Apple a été accusé de défavoriser certaines femmes lors de demandes de crédit. Plusieurs utilisatrices ont affirmé avoir obtenu des plafonds nettement inférieurs à ceux de leurs conjoints, malgré des situations financières comparables.

Pour la scientifique des données Aurélie Jean, ces biais s’expliquent souvent par la manière dont les algorithmes sont entraînés. « L’algorithme a dû apprendre à partir de données bancaires du passé, parfois sur plusieurs décennies », explique-t-elle. Si les données historiques reflètent des inégalités existantes, celles-ci peuvent être reproduites dans les décisions automatisées.

La biologiste Aude Bernheim, autrice de L’Intelligence artificielle, pas sans elles !, souligne que la composition des équipes technologiques joue également un rôle. Selon elle, 88 % des concepteurs d’algorithmes sont des hommes, ce qui peut contribuer à reproduire certains angles morts dans la conception des systèmes.

Aurélie Jean insiste toutefois sur le fait que la responsabilité reste humaine : « L’algorithme n’est ni sexiste ni raciste en lui-même. Ce sont les données et les décisions humaines qui peuvent produire ces biais. »

Selon la Fondation Femmes@Numérique, les femmes représentent aujourd’hui environ 15 % des ingénieurs en informatique, un déséquilibre qui peut influencer la conception des technologies utilisées au quotidien.

Quand les inégalités affectent la santé

Les effets de ces inégalités ont des conséquences sur la santé. Une étude publiée en 2023 dans la revue scientifique des National Academy of Sciences a analysé près de 8.000 scanners cérébraux provenant de 29 pays.

Les chercheurs ont observé que les femmes vivant dans des sociétés fortement inégalitaires présentent une épaisseur corticale plus faible dans certaines régions du cerveau, notamment celles impliquées dans la régulation des émotions et la gestion du stress. L’exposition prolongée à des environnements dévalorisants pourrait ainsi fragiliser les mécanismes cérébraux qui permettent de faire face aux situations difficiles.

Les discriminations sexistes ont également des conséquences psychologiques. Une étude menée au Royaume-Uni montre que les personnes ayant subi du sexisme présentent une santé mentale plus fragile plusieurs années après les faits.

Selon la psychologue Ruth Hackett, chercheuse au King’s College London, l’exposition répétée à ces expériences agit comme un facteur de stress cumulatif : « Une exposition prolongée à des expériences stressantes peut entraîner une usure du corps et se traduire par un mal-être ».

Les études montrent également que les femmes vivant dans des sociétés plus égalitaires présentent un risque plus faible de dépression, suggérant que l’environnement social joue un rôle déterminant sur la santé mentale.

Si les femmes sont les premières touchées par ces mécanismes, certaines recherches montrent que les normes de masculinité rigides peuvent également avoir des effets négatifs sur la santé des hommes.

Une étude menée auprès de plus de 19.000 participants montre que les hommes qui adhèrent à des modèles masculins valorisant la domination, la maitrise des émotions et la quête de pouvoir, présentent davantage de troubles psychologiques.

Le sexisme apparaît ainsi non seulement comme une question d’égalité sociale, mais aussi comme un enjeu de santé publique et de fonctionnement des institutions. Face à ces constats, le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes appelle à renforcer les politiques de prévention, notamment à travers des actions de sensibilisation à l’école et dans les entreprises, une réforme du congé paternité et une promotion accrue de la mixité professionnelle.

 

Sources

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