L’été 2026 pose également une autre question : celle du lien entre épisodes de chaleur extrême et violences faites aux femmes. Alors que les canicules sont principalement abordées sous l’angle sanitaire ou environnemental, plusieurs travaux internationaux montrent qu’elles peuvent également avoir des conséquences sociales.
En avril 2025, ONU Femmes publiait un article intitulé « Les corrélations entre les inégalités de genre et le changement climatique », soulignant combien le changement climatique peut intensifier les tensions sociales et économiques qui contribuent à accroître les risques de violences faites aux femmes et aux filles. L’article faisait notamment référence à une étude menée en 2018, selon laquelle le nombre de féminicides augmentait de 28 % lors des vagues de chaleur.
Les données citées par l’initiative Spotlight des Nations Unies mettent en évidence un lien entre hausse des températures et violences de genre : les violences conjugales pourraient augmenter d’environ 5 % pour chaque degré supplémentaire de température annuelle. D’après l’ONU, sans action urgente, le changement climatique pourrait être associé à un cas sur dix de violence basée sur le genre au sein du couple. Une étude espagnole suggérait par ailleurs, dès 2018, que les féminicides recensés à Madrid pouvaient augmenter de près de 40 % durant les périodes de vagues de chaleur.
Au-delà des facteurs sociaux, plusieurs travaux de recherche s’intéressent également aux effets physiologiques et psychologiques des fortes températures sur les comportements humains. L’exposition prolongée à la chaleur pourrait notamment perturber certains mécanismes impliqués dans la régulation de l’humeur, en affectant l’équilibre de neurotransmetteurs comme la sérotonine ou la dopamine, qui jouent un rôle dans la gestion des émotions, les capacités cognitives ou encore l’adaptation au stress.
Lorsque les températures élevées se maintiennent pendant plusieurs jours, elles peuvent également fragiliser les capacités d’adaptation physiologiques et comportementales : troubles du sommeil, fatigue accrue, irritabilité, augmentation du stress ou encore recours plus important à l’alcool ou à certaines substances.
Ces observations rejoignent plusieurs travaux menés en psychologie, qui montrent que la chaleur peut générer une forme de stress psychologique et abaisser le seuil de tolérance face aux tensions, notamment dans des environnements déjà marqués par des fragilités relationnelles.
C’est tout l’enjeu de l’interprétation de ces données : la température n’explique jamais à elle seule les violences faites aux femmes. La chaleur ne crée pas la violence, mais elle peut agir comme un facteur supplémentaire susceptible d’amplifier des situations de vulnérabilité déjà présentes.
Face à ces constats, l’enjeu n’est donc pas de présenter la canicule comme une cause directe des violences faites aux femmes, mais de reconnaître qu’elle constitue un contexte aggravant nécessitant une vigilance renforcée.