Coupe du monde de foot, canicule : ces moments où les violences faites aux femmes s’intensifient

Entre ferveur sportive et températures extrêmes, les mois de juin et juillet 2026 réunissent deux phénomènes qui mobilisent l’attention : la Coupe du monde de football et des épisodes de fortes chaleurs. Deux contextes très différents, mais qui soulèvent une même question : certaines périodes peuvent-elles accroître les risques de violences faites aux femmes ?

Plusieurs études internationales invitent à la vigilance. Ni le football ni la chaleur ne provoquent les violences, mais ces périodes particulières peuvent intensifier des situations où des mécanismes d’emprise et de domination sont déjà installés.

Coupe du monde : quand la ferveur collective révèle des vulnérabilités invisibles

Tous les quatre ans, la Coupe du monde de football rassemble des millions de personnes autour d’un même événement. Les émotions collectives, les célébrations et la passion sportive font partie intégrante de ces moments populaires.

Mais derrière cette dimension festive, plusieurs associations rappellent qu’une autre réalité existe : pour certaines femmes vivant avec un conjoint violent, les grands rendez-vous sportifs peuvent devenir des périodes d’appréhension.

Le sujet a particulièrement émergé au Royaume-Uni lors de la Coupe du monde 2018 avec une campagne choc du National Centre for Domestic Violence : « Si l’Angleterre se fait battre, alors elle aussi ». Cette campagne s’appuyait sur une étude menée par l’Université de Lancaster à partir des signalements enregistrés lors des Coupes du monde 2002, 2006 et 2010.

Les chercheurs avaient constaté une augmentation des signalements de violences conjugales de 26 % lorsque l’Angleterre gagnait ou faisait match nul, et de 38 % en cas de défaite. Une hausse de 11 % était également observée le lendemain des rencontres.

Selon une publication conjointe de l’Unesco et d’ONU Femmes :

« Partout dans le monde, le nombre de signalements de violences conjugales à la police augmente avec une prévisibilité déprimante lors de grands événements sportifs, tels que la Coupe du monde – dans certaines communautés, cette hausse dépasse même un tiers. »

Football, alcool, frustration : des déclencheurs mais pas des causes

Ces chiffres nécessitent toutefois d’être interprétés avec prudence. Les spécialistes insistent sur un point essentiel : un match de football ne transforme pas un individu en auteur de violences.

En revanche, certains éléments associés aux grands événements sportifs peuvent favoriser un passage à l’acte lorsque la violence est déjà présente : consommation d’alcool, paris sportifs, frustration, stress, exaltation émotionnelle ou valorisation de certaines formes de masculinité compétitive.

Le football devient alors un contexte, parfois un prétexte, mais jamais une justification.

Les violences conjugales ne surgissent pas uniquement lors d’une soirée de match. Elles s’inscrivent dans un continuum beaucoup plus large : contrôle, humiliations, emprise, violences psychologiques, physiques ou sexuelles.

En amont du Mondial 2026, les trois pays hôtes ont coordonné leurs campagnes de sensibilisation, sous le slogan général « La violence à l’égard des femmes n’est pas un jeu ».

En France, aucune étude équivalente à celle réalisée au Royaume-Uni ne permet aujourd’hui de mesurer précisément l’évolution des violences conjugales pendant les grandes compétitions sportives. Les associations soulignent pourtant l’intérêt de mieux documenter ces périodes pour adapter les dispositifs de prévention.

Il est aussi essentiel de protéger les supportrices, et ce, quel que soit leur nombre, dans les bars ou dans tout autre lieu qui retransmet ou diffuse des matchs en direct.

Dans cette optique, une « Fan-zone sans alcool », portée par la marque Lego, a été installée à Paris pour permettre aux familles de suivre quelques diffusions de matchs sans crainte de violences sous l’emprise de l’alcool.

Canicule : quand la chaleur agit sur les comportements

L’été 2026 pose également une autre question : celle du lien entre épisodes de chaleur extrême et violences faites aux femmes. Alors que les canicules sont principalement abordées sous l’angle sanitaire ou environnemental, plusieurs travaux internationaux montrent qu’elles peuvent également avoir des conséquences sociales.

En avril 2025, ONU Femmes publiait un article intitulé « Les corrélations entre les inégalités de genre et le changement climatique », soulignant combien le changement climatique peut intensifier les tensions sociales et économiques qui contribuent à accroître les risques de violences faites aux femmes et aux filles. L’article faisait notamment référence à une étude menée en 2018, selon laquelle le nombre de féminicides augmentait de 28 % lors des vagues de chaleur.

Les données citées par l’initiative Spotlight des Nations Unies mettent en évidence un lien entre hausse des températures et violences de genre : les violences conjugales pourraient augmenter d’environ 5 % pour chaque degré supplémentaire de température annuelle. D’après l’ONU, sans action urgente, le changement climatique pourrait être associé à un cas sur dix de violence basée sur le genre au sein du couple. Une étude espagnole suggérait par ailleurs, dès 2018, que les féminicides recensés à Madrid pouvaient augmenter de près de 40 % durant les périodes de vagues de chaleur.

Au-delà des facteurs sociaux, plusieurs travaux de recherche s’intéressent également aux effets physiologiques et psychologiques des fortes températures sur les comportements humains. L’exposition prolongée à la chaleur pourrait notamment perturber certains mécanismes impliqués dans la régulation de l’humeur, en affectant l’équilibre de neurotransmetteurs comme la sérotonine ou la dopamine, qui jouent un rôle dans la gestion des émotions, les capacités cognitives ou encore l’adaptation au stress.

Lorsque les températures élevées se maintiennent pendant plusieurs jours, elles peuvent également fragiliser les capacités d’adaptation physiologiques et comportementales : troubles du sommeil, fatigue accrue, irritabilité, augmentation du stress ou encore recours plus important à l’alcool ou à certaines substances.

Ces observations rejoignent plusieurs travaux menés en psychologie, qui montrent que la chaleur peut générer une forme de stress psychologique et abaisser le seuil de tolérance face aux tensions, notamment dans des environnements déjà marqués par des fragilités relationnelles.

C’est tout l’enjeu de l’interprétation de ces données : la température n’explique jamais à elle seule les violences faites aux femmes. La chaleur ne crée pas la violence, mais elle peut agir comme un facteur supplémentaire susceptible d’amplifier des situations de vulnérabilité déjà présentes.

Face à ces constats, l’enjeu n’est donc pas de présenter la canicule comme une cause directe des violences faites aux femmes, mais de reconnaître qu’elle constitue un contexte aggravant nécessitant une vigilance renforcée.

Une même mécanique : l’amplification de situations déjà installées

Coupe du monde de football et canicule semblent, à première vue, deux sujets sans rapport. Pourtant, ils interrogent un même phénomène : la manière dont certains contextes exceptionnels peuvent intensifier des rapports de domination préexistants.

Pour certaines femmes vivant avec un conjoint violent, un soir de match ou une période de forte chaleur peut signifier surveiller chaque détail : éviter une contrariété, gérer les enfants, limiter le bruit, adapter son comportement pour tenter d’éviter une explosion de violence.

Cette charge mentale, souvent invisible, fait pleinement partie du mécanisme d’emprise.

Le défi consiste aujourd’hui à sensibiliser sans stigmatiser. Les violences faites aux femmes traversent tous les milieux sociaux, tous les âges et tous les environnements. Elles ne sont ni le produit d’un sport, ni celui d’une saison.

Mais les périodes comme l’été 2026 rappellent une nécessité : identifier les moments où les risques peuvent être renforcés pour mieux protéger les victimes.

Le rôle de l’entreprise : repérer, prévenir, orienter

L’entreprise ne peut pas se substituer aux professionnels de l’accompagnement, mais elle peut jouer un rôle essentiel de vigilance dans ces périodes. Parce qu’elle est un lieu de repérage du mal-être, de l’isolement ou de ruptures dans le comportement, elle peut contribuer à rendre les violences visibles. Sensibiliser les équipes RH et les managers, rappeler les dispositifs d’écoute, diffuser les numéros d’urgence, adapter l’organisation du travail en période de canicule ou encore orienter vers des associations spécialisées sont autant de leviers concrets. Dans ces situations, l’enjeu n’est pas d’intervenir à la place des victimes, mais de créer un environnement où elles savent qu’elles peuvent être entendues, protégées et accompagnées.

Coupe du monde, épisodes de canicule ou autres périodes de tension collective peuvent ainsi devenir des moments clés de prévention et de mobilisation.

Car aucune défaite sportive, aucune frustration, aucune vague de chaleur ne peut expliquer ou excuser la violence. La responsabilité appartient toujours à celui qui l’exerce.

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