Accessibilité, emploi, logement : les principaux enseignements de la Conférence nationale du handicap

Réunie le 4 septembre à Bobigny, la Conférence nationale du handicap a débouché sur 16 engagements et 65 mesures. Accessibilité, école, emploi, logement ou accompagnement médico-social : l’exécutif promet d’accélérer les politiques engagées. Les associations regrettent toutefois l’absence de financements précis et de réponses immédiates aux difficultés du secteur.

L’heure du bilan

Instituée par la loi de 2005, la Conférence nationale du handicap (CNH) se réunit tous les trois ans pour dresser le bilan des politiques menées et définir les orientations à venir. Depuis décembre 2025, cinq groupes de travail consacrés à l’école, à l’habitat, à l’intelligence artificielle, à la protection juridique et à la participation ont préparé cette septième édition.

Pour sa troisième et dernière CNH, Emmanuel Macron a présenté les avancées enregistrées depuis 2017 et les priorités des prochaines années. Organisé pour la première fois hors de l’Élysée, au Prisme de Bobigny, l’événement a placé les personnes en situation de handicap au centre des échanges et réuni, selon la présidence, près de 5 000 participants sur place et dans les préfectures. À quelques mois de l’élection présidentielle de 2027, l’enjeu consiste désormais à mesurer les changements réellement intervenus depuis la précédente édition, en avril 2023, dans la vie quotidienne des personnes concernées.

Le chef de l’État a mis en avant plusieurs avancées. Le nombre d’élèves en situation de handicap scolarisés en milieu ordinaire est passé d’environ 320.000 en 2017 à plus de 550.000 en 2025. Les moyens consacrés à l’école inclusive ont plus que doublé, atteignant 4,8 milliards d’euros par an, tandis que le nombre d’accompagnants d’élèves en situation de handicap s’élève désormais à 140.000. Leur métier reste néanmoins marqué par une forte précarité.

Emmanuel Macron a également souligné la baisse du chômage des personnes handicapées, passé de 17,6 % en 2017 à 11,5 % en 2025, la réforme de l’AAH (Allocations aux adultes handicapés), désormais calculée sans tenir compte des revenus du conjoint, ainsi que la prise en charge intégrale des fauteuils roulants, dont auraient déjà bénéficié plus de 280.000 personnes.

L’accessibilité, priorité de la nouvelle feuille de route

Malgré ces progrès, l’accessibilité demeure « un frein majeur à l’autonomie », a reconnu le président de la République. Une stratégie nationale doit être finalisée à l’automne pour la période 2026-2029, puis déclinée dans les territoires. Elle vise notamment à rendre accessibles, d’ici à 2029, les services publics prioritaires : établissements scolaires, hôpitaux, commissariats, gendarmeries et tribunaux.

Dans le domaine des transports, 32 gares nationales restaient encore non accessibles en mars 2026, même si 20 étaient alors en travaux et 12 en phase d’études.

Des mesures plus concrètes sont également annoncées, comme le développement de terminaux de paiement accessibles, la généralisation des télécommandes vocales pour les feux sonores ou la création d’une application destinée aux titulaires de la carte mobilité inclusion stationnement.

Le chantier numérique reste considérable : seules 12 % des 250 démarches administratives en ligne les plus utilisées seraient aujourd’hui accessibles. L’exécutif s’engage à les rendre toutes conformes d’ici à la fin de 2026. Les sanctions prononcées à l’encontre des établissements recevant du public qui ne respectent pas leurs obligations d’accessibilité seront par ailleurs publiées deux fois par an.

École, emploi et logement au cœur des engagements

Dans le domaine scolaire, la feuille de route prévoit de renforcer la formation des enseignants, de repenser la place et les perspectives professionnelles des AESH (Accompagnants des élèves en situation de handicap)  et de mieux coordonner l’action de l’Éducation nationale, des maisons départementales des personnes handicapées et des agences régionales de santé.

À la rentrée 2026, 1 500 pôles d’appui à la scolarité accompagnent les établissements et les familles dans la prise en charge des élèves à besoins éducatifs particuliers. Le gouvernement prévoit de porter leur nombre à 3 000 à la rentrée 2027. Il souhaite également expérimenter l’intervention renforcée de professionnels du secteur médico-social au sein des écoles, afin de permettre à davantage d’enfants en situation de handicap d’être scolarisés en milieu ordinaire.

Sur le front de l’emploi, le dispositif de l’emploi accompagné doit être renforcé pour atteindre 20.000 bénéficiaires d’ici à 2028. Une consultation nationale sera lancée et une réflexion engagée sur la levée des restrictions qui ferment encore certaines professions aux personnes handicapées.

Concernant le logement, un répertoire national des logements sociaux accessibles doit voir le jour au début de l’année 2027. Une concertation sera également menée sur la coordination des aides humaines, le maintien à domicile et la compensation individuelle du handicap. Les associations dénoncent toutefois la contradiction entre la volonté de favoriser la vie en milieu ordinaire et la loi Elan, qui n’impose l’accessibilité immédiate que de 20 % des logements neufs.

Des attentes fortes dans le secteur médico-social

L’exécutif souhaite développer des solutions permettant aux personnes en situation de handicap de vivre et d’être accompagnées en milieu ordinaire, plutôt qu’exclusivement dans des établissements spécialisés.

Le plan « 50 000 solutions » doit se poursuivre. Lancé en 2023 et doté de 1,5 milliard d’euros jusqu’en 2030, il vise à créer de nouvelles formes d’accompagnement pour les enfants et les adultes en situation de handicap. Il ne s’agit pas seulement d’ouvrir des places en établissements spécialisés, mais aussi de développer l’aide à domicile, la scolarisation en milieu ordinaire, le répit des aidants ou encore l’habitat inclusif

Une nouvelle stratégie nationale consacrée à l’autisme et aux troubles du neurodéveloppement sera par ailleurs lancée à partir de 2027. Élaborée avec les personnes concernées, les familles, les associations, les professionnels et les chercheurs, elle devra améliorer le repérage précoce et les réponses apportées aux adolescents, aux adultes ainsi qu’aux situations les plus complexes.

Le gouvernement souhaite enfin structurer une filière française des technologies d’assistance, en mobilisant notamment l’intelligence artificielle pour faciliter la communication, l’apprentissage, les soins et l’autonomie. L’accès à la culture, aux bibliothèques, aux musées, au cinéma et au sport inclusif figure également parmi les priorités.

Une ambition jugée insuffisamment financée

Si les associations reconnaissent que plusieurs engagements vont dans le bon sens, elles regrettent leur manque de précision. Le Collectif Handicaps déplore l’absence de financements, de contrôles renforcés et de sanctions réellement dissuasives. L’Unapei juge les annonces essentiellement symboliques et rappelle que certaines figuraient déjà dans la feuille de route de 2023.

La Fédération Paralysie cérébrale France estime, de son côté, que la CNH n’apporte pas de réponse à la crise profonde des modèles d’accompagnement. Les collectivités réclament également davantage de concertation et des moyens à la hauteur des responsabilités qui leur sont confiées.

À quelques mois de l’élection présidentielle de 2027, les acteurs du secteur redoutent désormais que le calendrier politique ne ralentisse les travaux. Emmanuel Macron a promis d’agir « jusqu’au dernier quart d’heure » de son mandat. La portée de cette dernière feuille de route dépendra surtout de sa traduction budgétaire et de ses effets concrets dans la vie quotidienne des personnes handicapées.

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