Du « plancher collant au plafond de mère », les ressorts d’une inégalité persistante

Dans un nouveau rapport intitulé Du plancher collant au plafond de mère, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes montre que les femmes sont pénalisées bien avant la naissance d’un enfant. Il formule 46 recommandations pour mieux répartir le coût économique et professionnel de la parentalité. 

Les filles réussissent mieux à l’école, sont plus nombreuses à obtenir le baccalauréat et poursuivent davantage leurs études. Pourtant, cet avantage s’estompe dès l’entrée sur le marché du travail. Pour le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE), ce paradoxe s’explique en partie par des mécanismes qui se mettent en place bien avant la maternité.

Une pénalité qui se construit dès l’enfance

Dès l’enfance, les filles sont davantage encouragées à prendre soin des autres, tandis que les garçons sont plus souvent poussés vers l’autonomie, la compétition et le dépassement de soi. Ces normes influencent ensuite les choix d’orientation. Les hommes restent majoritaires dans les filières scientifiques, techniques et numériques, qui ouvrent l’accès aux métiers les plus valorisés et les mieux rémunérés. Les femmes se concentrent davantage dans les secteurs du soin, de l’éducation ou de l’accompagnement, essentiels mais généralement moins reconnus financièrement.

À ces inégalités d’orientation s’ajoute, dès l’entrée dans la vie active, une « présomption de maternité ». Une jeune femme peut être perçue par un employeur comme une future mère, qu’elle souhaite ou non avoir des enfants. Le recrutement et l’évolution professionnelle sont alors influencés par l’anticipation de possibles absences, d’un congé maternité ou d’une moindre disponibilité.

Cette projection, souvent inconsciente et susceptible de concerner aussi bien les recruteurs que les recruteuses, peut conduire certains employeurs à privilégier des candidats masculins. La maternité réelle, supposée ou simplement anticipée devient ainsi un critère implicite d’évaluation des femmes.

Le HCE décrit un continuum qui s’étend du « plancher collant » au « plafond de mère ». Le premier maintient de nombreuses femmes, notamment les plus précaires, dans des emplois moins rémunérés, moins reconnus et offrant peu de perspectives. Le second freine leur accès aux responsabilités, au motif que la maternité pourrait réduire leur ambition ou leur disponibilité.

La naissance du premier enfant ne crée donc pas à elle seule l’inégalité : elle amplifie et matérialise des mécanismes déjà à l’œuvre. Elle provoque une rupture professionnelle et financière brutale, dont les effets se prolongent durablement sur les revenus, la carrière et l’autonomie économique des mères.

Une chute de 40 % des revenus à la naissance du premier enfant

Le revenu salarial des mères chute d’environ 40 % autour de la naissance du premier enfant, avant de se stabiliser autour d’une perte de 30 % les années suivantes. Les pères, eux, ne connaissent pas de baisse comparable.

Alors que les écarts de formation et de participation au marché du travail se sont réduits, l’arrivée des enfants représente désormais 88 % de l’écart de revenus entre les femmes et les hommes, selon les données citées par le HCE. La parentalité est ainsi devenue le principal facteur de divergence durable entre leurs trajectoires économiques.

Cet écart s’explique notamment par le recours très inégal au congé parental et au temps partiel. En 2024, 37,2 % des femmes salariées ayant deux enfants, dont le plus jeune a moins de 3 ans, travaillent à temps partiel, contre seulement 5,4 % des hommes dans la même situation.

La « pénalité maternelle » dépasse cependant le seul cadre professionnel. Elle se prolonge dans l’organisation du couple et la répartition des ressources. Les femmes prennent en charge 64 % des dépenses courantes, tandis que les hommes financent 72 % des achats de biens durables, qui contribuent davantage à la constitution d’un patrimoine.

Une femme en couple sur cinq n’aurait pas accès à un compte bancaire personnel et 30 % ne connaîtraient pas précisément les revenus de leur partenaire. L’écart de patrimoine entre les femmes et les hommes est ainsi passé de 7.000 euros avant les années 2000 à 25.000 euros en 2015.

Ces déséquilibres fragilisent particulièrement les femmes en cas de séparation. Leur niveau de vie médian diminue alors de 18 % à 25 %, contre 8 % pour les hommes. À cette perte de revenus s’ajoute une précarité temporelle, les femmes étant à la tête de 82 % des familles monoparentales.   

Faire de la parentalité une responsabilité collective

Pour enrayer ces inégalités, le HCE formule 46 recommandations, de l’école au monde du travail. Il propose d’agir dès le plus jeune âge pour déconstruire les stéréotypes de genre et diversifier les choix d’orientation, notamment vers les filières scientifiques, techniques et numériques.

Dans les entreprises, le rapport recommande d’instaurer un droit temporaire à l’aménagement du retour au travail après un congé maternité, avec la possibilité de recourir au télétravail ou à des horaires adaptés.

Il préconise également de suivre les trajectoires professionnelles des mères à leur retour de congé maternité, puis trois et dix ans après une naissance. Le HCE propose ainsi d’intégrer à l’Index de l’égalité professionnelle un indicateur annuel « post-maternité », afin de mesurer les écarts de rémunération, de promotion et d’évolution de carrière, et d’imposer un plan correctif lorsque des écarts défavorables persistent.

Le HCE défend par ailleurs la création d’un « mois solo du second parent » : un congé non transférable, pris après le retour au travail du parent ayant accouché. L’objectif est d’éviter que la mère ne devienne systématiquement le parent de référence et de favoriser un partage plus équilibré des responsabilités dès les premiers mois de l’enfant.

Le rapport appelle enfin à renforcer l’autonomie financière des femmes et à mieux accompagner les familles monoparentales. Il propose notamment la création d’un statut administratif de parent seul afin de faciliter leur accès au logement, aux modes de garde et au droit au répit.

Au-delà de l’enjeu d’égalité, la « pénalité maternelle » représente aussi un coût pour l’économie. Selon l’OCDE, la réduction des écarts de participation au marché du travail et de durée du travail entre les femmes et les hommes pourrait accroître de 9,2 % le produit intérieur brut moyen de ses pays membres d’ici à 2060. Faire de la parentalité une responsabilité collective apparaît ainsi comme un levier d’autonomie, d’emploi et de croissance.

 

Source : « Du plancher collant au plafond de mère » Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes– septembre 2026.

 

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