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L'emploi des réfugiés demeure «précaire» et «instable»

Publié le mer 15/12/2021 - 15:33
Lors d’un évènement organisé par la fondation BNP Paribas le vendredi 3 décembre dernier, les premiers chiffres d’une étude réalisée par l’IFRI ( l’Institut Français des Relations Internationales ) intitulée : « L ’emploi des personnes réfugiées : des trajectoires professionnelles aux politiques de recrutement des entreprises » ont été dévoilés et l’accent a été mis sur les conditions de travail des réfugiés en France qui se révèlent «précaires, instables et insatisfaisantes», marquées par un «déclassement professionnel».
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L'emploi des réfugiés demeure «précaire» et «instable»

L’étude présente des données inédites provenant d’une enquête publique pilotée par le ministère de l’Intérieur ( ELIPA 2). L' échantillon était composé de 65 % d’hommes et 35 % de femmes de 18 ans et plus ayant été reconnues réfugiées depuis trois ans en moyenne, provenant d’Afghanistan, de Syrie, du Bangladesh et du Sri Lanka. 

Les auteurs de l’étude Frédéric SALIN et Sophie BILONG en ont présenté les principaux enseignements: 

Près des deux tiers des personnes réfugiées ont cherché du travail depuis leur arrivée en France.

Un an après l'obtention de leur titre de séjour, 42% des personnes réfugiées sont en emploi, dont plus d'un sur quatre en CDI. A l'inverse, 22% sont au chômage, soit une «augmentation franche» comparé à leur situation dans le pays d'origine, 19% sont inactifs et 17% suivent des études.

Ces trajectoires d’activité sont marquées par une différence de genre car les personnes qui se maintiennent dans l’emploi sont surtout des hommes.

L'étude met également en lumière la perception de déclassement professionnel des réfugiés entre le pays d’origine et leur situation en France et qui nourrit «un sentiment de surqualification». De fait, trois quarts d'entre eux disent vivre en dessous du seuil de pauvreté. Si l'on compare la situation professionnelle de ces personnes dans leur pays d'origine et en France, le groupe des ouvriers double passant de 22% à 46%, celui des employés bondit de 18 à 42%, et le pourcentage de cadres et professions intellectuelles supérieures chute de 10 à 2%.

Il faut noter une concentration de l'emploi des réfugiés dans l'hôtellerie/commerce/restauration, dans le bâtiment et la construction. Le premier secteur emploie presque un réfugié interrogé sur deux soit 45%, le second 21%.

On note aussi des conditions de travail assez précaires : 37% sont en CDD et 10% en intérim. Des chiffres trois fois plus élevés voire plus que les moyennes nationales. 

Concernant les femmes réfugiées si 90% d’entre elles souhaiteraient travailler à temps plein, elles sont 50% à devoir travailler à temps partiel malgré elles.

L’étude présente en seconde partie des analyses réalisées à partir d’entretiens avec des DRH et des responsables RSE menées dans 127 entreprises de grandes tailles. Il s’avère qu’en matière de recrutement, la mobilisation du secteur privé est «récente» et prend des "formes variables", souvent des partenariats avec des associations ( ex projet Levier pour l’insertion des personnes réfugiées porté par lepC). Le soutien de la direction et la motivation des collaborateurs est importante alors que les stéréotypes sont encore bien présents. Cela passe donc par la formation des salariés et des managers notamment sur des sujets variés comme le droit d’asile des réfugiés, la démystification de ce qu’est une personne réfugiée, ou encore comment évoquer la situation personnelle. 

Concernant les perspectives d'évolution des salariés réfugiés une fois en poste: il apparaît qu’apprendre la langue française, comme d’autres salariés apprennent l’anglais pendant leur temps de travail, est une bonne pratique qui a fait ses preuves pour permettre l’évolution en interne.

Chaque année, la France  accueille 50.000 personnes réfugiées et « autant de talents qui ont des compétences et des expertises recherchées par les organisations, et avant tout, une forte volonté d'intégration » comme le rappelaient des grands patrons et hauts responsables d'entreprises dans une tribune publiée dans le JDD cet été.

Vous souhaitez en savoir plus sur le projet LEVIER pour l'insertion professionnelle des personnes réfugiées: contactez : mathilde.meylan@reseau-lepc.fr ou manon.demouliers@reseau-lepc.fr