« Il faut avoir une vision plus objective de l’intégration professionnelle d’une personne handicapée »

Randstad et FASTROAD ont inauguré le 18 février dernier le 1er réseau intérim dédié aux personnes en situation de handicap « Kliff par Randstad ». Jean-Marie Hugues, Directeur du Développement de Kliff, revient pour nous sur les principales caractéristiques de ce concept inédit.
« Il faut avoir une vision plus objective de l’intégration professionnelle d’une personne handicapée »

Vous avez inauguré, le 18 février 2020, la première Entreprise Adaptée de Travail Temporaire. Pourriez-vous nous en dire plus sur cette agence hors norme ?

La naissance de « Kliff par Randstad » a été rendue possible grâce à la loi Avenir professionnel qui a permis, dès janvier 2019, de créer des entreprises adaptées de travail temporaire (EATT). Adossé au groupe Randstad, numéro 1 mondial des services en ressources humaines, et créé avec l’entreprise adaptée de transport FASTROAD, “Kliff par Randstad” est le tout premier réseau d’intérim adapté qui propose un accompagnement à la fois pour les travailleurs handicapés et pour les entreprises utilisatrices. 
Nous construisons des parcours sur mesure pour les travailleurs en situation de handicap. Les trois quarts d’entre eux ont un niveau de formation inférieur au bac, rendant de fait leur profil moins attractif pour les employeurs. L’intérim leur permet de se former, de monter en compétences, de construire des parcours professionnels et, au final, de travailler leur employabilité à long terme.
Après l’inauguration de cette première agence à Saint-Denis, nous ouvrirons une seconde agence en Ile-de-France et une agence à Lyon avant la fin de l’année 2020. D’ici 2022, « Kliff par Randstad » disposera d’un réseau de 5 agences et ce sont a minima 1 250 personnes handicapées qui devraient être accompagnées vers l’emploi.


Pourquoi avoir souhaité expérimenter cette nouvelle forme d’agences ?

Les personnes en situation de handicap sont confrontées à un taux de chômage de 16%, soit deux fois le taux de chômage observé en France. C’est une sorte de double peine.
Ceci est notamment dû à une inadéquation entre la formation de ces travailleurs et les attentes du marché de l’emploi, comme évoqué précédemment, mais également à une autocensure des personnes en situation de handicap. Beaucoup d’entre elles n’osent pas pousser la porte des entreprises et se disent que le marché du travail n’est pas pour elles.
Au sein de ce nouveau réseau d’agences, les travailleurs en situation de handicap échangent avec des consultants et des médecins du travail formés à leurs problématiques, qui maitrisent les difficultés auxquelles ils sont confrontés et connaissant également les contraintes, et parfois les craintes, des entreprises. C’est un dialogue triplement gagnant qui s’engage.
“Kliff par Randstad” nous permet ainsi de réussir l’adéquation entre le poste à pourvoir, les compétences demandées et le handicap du travailleur.


Pourquoi la question du handicap est-elle selon vous encore aujourd’hui un frein à l’emploi et comment briser les stéréotypes ?

C’est un vrai travail d’acculturation qu’il nous faut amorcer, changer les codes au niveau de l’ensemble de la Société. La méconnaissance du handicap laisse souvent la porte ouverte aux exagérations. On se représente par exemple le handicap nécessairement comme lourd. Mais, dans la réalité, 80% des handicaps sont invisibles ! Il faut dédramatiser et avoir une vision plus objective de ce que peut être l’intégration, dans la sphère professionnelle, d’une personne handicapée. 
Les pays du Nord de l’Europe peuvent, je crois, nous inspirer. Ils possèdent une culture de la mixité beaucoup plus forte que nous, qui débute dès l’enfance avec l’accueil d’élèves en situation de handicap au sein des cursus « classiques ». Les interactions avec les personnes handicapées sont ainsi abordées de manière beaucoup plus décomplexée. Nous avons, en France, des centres de formation dont les stagiaires sont à 100% en situation de handicap ou à 100% valides. Nous devons faire évoluer nos modes de fonctionnement en favorisant, à tous les niveaux, l’inclusion des handicapés dans la Société.