« Raison d’être : nous arrivons à un moment où la RSE sort d’un splendide isolement »

Veolia a été la première entreprise à annoncer sa raison d’être : « Ressourcer le monde ». Pierre VICTORIA, Directeur du Développement durable, nous explique pourquoi l’entreprise a choisi ce positionnement stratégique et comment il fera bouger les lignes.
Raison d’être : nous arrivons à un moment où la RSE sort d’un splendide isolement

1. Veolia a annoncé sa raison d’être en février dernier, bien avant la promulgation de la loi. Pourquoi avoir été convaincu par ce concept ?  
Pour Antoine Frérot, notre PDG, la raison d’être est très vite apparue comme une opportunité de mettre en œuvre sa vision de l’entreprise. Il travaillait depuis de nombreuses années à une vision élargie de l’entreprise, dont le profit est un moyen pour assurer une mission et non une fin. Une entreprise qui serait prospère parce qu’elle serait utile à la Société et non l’inverse. Une entreprise au service de l’ensemble de ses parties prenantes et non de quelques-uns. C’était un combat qui était le sien depuis de nombreuses années. 
Lorsque le concept de raison d’être est apparu à travers le rapport Notat-Sénard, il a donc très vite vu que ce concept pouvait constituer un outil de premier ordre. Nous avons donc été très vite, d’autant que nous nous sommes davantage appuyés sur ce rapport que sur la loi Pacte en elle-même
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2. Quel cheminement interne vous a permis d’aboutir à votre raison d’être ? 
Nous voulions faire de la raison d’être un véritable outil de pilotage stratégique. Nous tenions vraiment à ce que ce concept ne soit pas uniquement du déclaratif, mais plutôt en saisir le pourquoi, le comment et le quoi. Nous avons donc travaillé pour en faire un texte que les différents niveaux de gouvernance de l’entreprise pourraient vraiment s’approprier. Pour en faire un travail commun, une quinzaine de versions ont transité en 6 mois entre le Comité Exécutif, le Conseil d’Administration, le Comité des Parties prenantes et un Comité ad hoc constitué de représentants syndicaux.
3 phases se sont succédées. La première a été une phase de compréhension. Il s’agissait pour nous de définir non seulement notre utilité mais notre spécificité. La seconde phase a été celle de l’appropriation. Le texte initial a été ensuite fortement amendé par les 4 communautés dont je viens de vous parler. 
Au-delà du dialogue entre ces 4 institutions, nous avons ajouté 2 actions à nos réflexions. Nous avons ouvert une communauté Google pour les salariés, non pas pour qu’ils se prononcent sur le wording, mais plutôt pour leur poser des questions sur notre spécificité. Nous avons également fait appel à un cabinet pour organiser deux table-rondes avec des acteurs externes à l’entreprise, de manière à leur demander de réagir à notre texte. Le texte finalisé a finalement été présenté aux actionnaires le 18 avril et voté par le Conseil d’Administration. 
La troisième phase n’est pas encore aboutie : c’est celle de la preuve et de l’évaluation. Nous réalisons actuellement un Tableau de bord de la performance plurielle, qui nous permettra d’établir une évaluation collective de notre raison d’être.

3. Comment votre raison d’être impacte-t-elle votre stratégie de développement durable? 
Ca a fait beaucoup bougé les lignes et c’est encore loin d’être terminé. La direction du Développement durable a été fortement investie sur le texte de la raison d’être et l’élaboration du tableau de bord. Ce tableau de bord sera présenté au Conseil d’Administration en décembre et nous donnera la vision d’une performance globale, intégrée à la gouvernance. C’est dès lors un vrai dépassement des concepts de RSE et de Développement durable. Nous arrivons à un moment où la RSE sort d’un « splendide isolement »,  remonte au niveau de la gouvernance de l’entreprise et est intégrée dans les offres commerciales. Cela correspond à un changement mondial, au cœur des attentes des consommateurs et des citoyens. La Société demande une entreprise plus responsable, qui intégrerait le changement dans son business model. Ce document nous permettra de dire comment notre raison d’être portera la stratégie de l’entreprise et quelle sera notre contribution au monde de demain.
Au final, il faudra juger le concept de raison d’être sur 2 points. Tout d’abord, la qualité de la collaboration. Le texte ne doit pas juste être écrit par le patron ou juste être écrit pour le patron. Il doit supposer une réelle appropriation par tous. En second lieu : la mise en œuvre. A partir de la raison d’être, vous devez faire  bouger les lignes : celles de l’organisation, de la rémunération, etc… C’est à ce dernier point que l’on pourra juger la réelle authenticité d’une raison d’être au service de la durabilité de l’entreprise.