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Tribune de Simon BITAUDEAU "Les actes d’abord, la raison d’être ensuite"

Publié le jeu 17/10/2019 - 14:26
L’engagement citoyen des entreprises et des individus est aujourd’hui une nécessité. Il est urgent de créer de nouvelles connexions entre les acteurs de la société, mettre en commun les énergies et les compétences pour relever les grands défis sociaux et environnementaux. A l’occasion du Pro Bono Day organisé le 18 octobre, Simon BITAUDEAU, responsable Mécénat & Investissements citoyens au sein du réseau Les entreprises pour la Cité nous donne son point de vue sur la raison d'être des entreprises.
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Tribune de Simon BITAUDEAU "Les actes d’abord, la raison d’être ensuite"

La Loi PACTE a introduit dans la législation la notion de raison d’être et le statut de sociétés à mission. L’occasion pour plusieurs grandes entreprises de se doter d’une signature suggérant que leur activité économique répond à besoin sociétal. Un premier pas vers une refonte vertueuse de leur modèle pour les optimistes, une aubaine marketing pour les plus cyniques. Pour Les entreprises pour la Cité, l’affrontement entre ces deux visions émergentes, trop souvent dogmatiques, ne peut s’arbitrer que par les actes.

Depuis sa création en 1986, les équipes du réseau Les entreprises pour la Cité ont théorisé et décrypté de nombreux concepts, du mécénat d’entreprise alors balbutiant à la RSE, de l’engagement sociétal aux investissements citoyens, de la responsabilité à l’innovation sociale. Les entreprises dites à mission, contributives, bienveillantes, résilientes ou encore positives sont aujourd’hui les héritières de ces années de réflexion. Depuis 30 ans, les théories se sont renforcées et complexifiées. Elles soulignent surtout une dynamique forte : les engagements sont de moins en moins considérés comme externes à l’entreprise mais s’intègrent à leur cœur d’activité, créant une boucle vertueuse entre performance sociale et économique.

Les entreprises à mission affirment pleinement cette réciprocité en faisant de leur activité économique une opportunité de réponse à un objectif d’intérêt général. Encore faut-il que la mission dépasse le slogan pour se traduire en actes, et qu’elle soit ainsi un vecteur de transformation profonde du business model de l’entreprise. Ainsi, pour les entreprises qui ne sont pas « mission native » (c’est-à-dire dont leur cœur d’activité ne répond pas par essence à une problématique d’intérêt général), l’enjeu n’est pas d’élaborer une nouvelle raison d’être mais bien de se doter d’une politique d’engagement sociétal ambitieuse, concrète, cohérente avec l’histoire de l’entreprise et ses métiers, disposant de moyens suffisant pour atteindre des objectifs élevés et évalués. Puis, ce n’est que si tous les collaborateurs se l’approprient et la mettent en œuvre dans leurs actions quotidiennes que les entreprises pourront s’enorgueillir d’accomplir une mission d’intérêt général.

Bonne nouvelle : les entreprises ne partent pas de zéro, bon nombre d’entre elles ayant déjà pris depuis longtemps des engagements en faveur de l’intérêt général. Le pro bono en est évidemment un exemple édifiant. En mobilisant les compétences de leurs collaborateurs au service du bien public, les entreprises répondent à des enjeux de société en agissant dans leurs cœurs de métier. Il en est de même pour le mécénat, lorsqu’il est pensé dans une logique de performance en cohérence avec la stratégie globale de l’entreprise. Plus encore, les nouvelles formes d’engagements hybrides (que nous dénommons « investissements citoyens ») illustrent parfaitement la convergence entre intérêt général et performance économique. C’est le cas de joint-ventures sociales qui permettent de répondre à des problématiques business en favorisant l’insertion professionnelle. Les contrats à impact social répondent également à cette logique, en attendant un retour financier sur l’investissement dans des expérimentations à fort impact social.

Plutôt que de définir une mission ex nihilo, les dirigeants d’entreprises ont donc l’opportunité de valoriser leurs engagements effectifs, en cohérence avec leur cœur d’activité, qu’ils s’agissent de mécénat, de partage de compétences, ou de partenariats hybrides avec des entrepreneurs sociaux. C’est en s’appuyant sur leurs actions passées, en partageant avec leurs collaborateurs leur volonté d’ancrer leur engagement au cœur de leur modèle, en repensant l’ensemble de leur activité à l’aune de leurs impacts sociétaux et en tissant ainsi les liens entre leurs business models et leurs investissements citoyens que les entreprises pourront définir une mission d’intérêt général cohérente et sincère. Les actes d’abord donc, la raison d’être viendra naturellement ensuite !

L’essor du concept de sociétés à mission témoigne ainsi d’un rapprochement à l’œuvre entre les acteurs de l’ESS, aux modèles sans cesse plus entrepreneuriaux, et les entreprises traditionnelles qui s’appuient sur leur responsabilité pour transformer leur organisation. S’il est impensable qu’une complète convergence entre ces deux mondes s’opère à court terme, il est tout de même réjouissant d’observer la mue d’une partie du secteur privé lucratif, bien décidé à réaffirmer son rôle pour l’intérêt général. La priorité est désormais de multiplier les preuves que cette métamorphose est sincère et bénéfique pour la société et ses entreprises pour espérer réorienter l’économie dans son ensemble et la réconcilier avec le long terme.