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1ère Rencontre 2018 de la MAR/DARES « Le travail à l’ère du numérique : quelle adéquation entre besoins et offres de compétences ? »

Publié le mar 20/03/2018 - 16:46
Poursuivant les échanges initiés en 2017 sur les nouvelles formes d’emploi, la Mission Animation de la Recherche (MAR) de la DARES a mis en place un cycle annuel de rencontres. Autour d’intervenants d’horizons divers, celles-ci sont l’occasion de s’interroger sur les transformations à l’œuvre en matière de travail et d’emploi. Retrouvez les contenus des interventions de Nicolas Fleury du Centre d’études et de prospective du groupe Alpha et de Jérôme Gautié Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Centre d'Economie de la Sorbonne lors de la première rencontre de ce cycle 2018 qui a eu lieu le 15 mars à la DARES.

La diffusion des technologies de l’information et de la communication et l’automatisation croissante des échanges et des processus de production reconfigurent un large pan de l’activité économique et l’organisation du travail. L’introduction de nouveaux outils, l’émergence de méthodes plus participatives et à distance interrogent sur la place de l’humain dans l’activité, de son autonomie, mais aussi de son contrôle.

Quelles compétences la numérisation de l’activité mobilise-t-elle ? Comment les entreprises gèrent-elles ces nouveaux besoins ? De quelle façon s’organise le travail lorsque les outils numériques investissent l’activité et les relations de travail ? Assiste-t-on à une remise en cause des organisations hiérarchiques et des méthodes de management ? De nouveaux enjeux émergent-ils en matière de conditions de travail ? Face aux risques d’isolement et d’intensification des rythmes de travail, comment s’organisent les collectifs de travail et les moyens de défense des travailleurs ?

Première rencontre de ce cycle 2018 autour de la question
« Le travail à l’ère du numérique : quelle adéquation entre besoins et offres de compétences ? »

 

Intervention de Nicolas Fleury – Centre d’études et de prospective du groupe Alpha

La digitalisation de l’emploi se traduit par 4 grandes caractéristiques :

  • Rapidité des échanges,
  • Augmentation de l’interconnexion entre les acteurs d’un marché,
  • Un phénomène de disruption : c’est-à-dire une innovation de rupture,
  • Universalité : tous les secteurs sont concernés ainsi que tous les travailleurs,
  • Sociétal : phénomène qui touche tous les domaines de la vie.

DES ENJEUX DEJA PERCEPTIBLES SUR L’EMPLOI :

On observe une modification de la structure de l’emploi au bénéfice des plus qualifiés et des menaces sur l’emploi qui sont réelles mais dont l’amplitude est contenue.


Début 2010, on observe l’apparition de 149 métiers pour exemple celui de community manager, 2/3 de ces emplois impliquent l’utilisation du numérique (COE, 2017). Ceci Impacte  le

Nouveaux métiers

contenu du travail : 50% des emplois verront leurs taches modifiées.

Il y a une mutation significative de plus de 50% des emplois et donc une augmentation des besoins de compétences concernant la digitalisation. Il y a un besoin de profils très qualifiés. Les softs skills prennent alors une place de plus en plus importante, pour exemple, l’agilité au travail apparait comme essentielle.
75 % des recrutements cadre dans le numérique sont difficile à pourvoir.

LES COMPETENCES TECHNIQUES

Tous les métiers impliquent dorénavant des connaissances minimales en informatique. De plus, certains métiers nécessitent des compétences techniques plus poussées dans ce domaine.

LES COMPETENCES TRANSVERSALES     

Centralité autour des soft skills = collaboration, créativité, réactivité, souplesse, information. Les exigences se sont accrues avec la digitalisation. En France, il existe des besoins non satisfaits.On peut donc s’interroger sur le cadre d’acquisition de ces compétences.

Plus des ¾ des 25-64 ans ont un niveau au moins égal au BAC. Il existe donc un questionnement de l’évolution des formations dans l’acquisition des soft skills et des techniques d’information et de communication.

En Europe, des initiatives permettant de répondre à ces besoins existent telles que l’action « Nouvel agenda pour les compétences ». Le QuInnE (Quality of jobs and Innovation generated Employment outcomes) analyse les liens réciproques entre qualité de l’emploi et innovation au niveau des entreprises, et leurs conséquences sur l’emploi.
En France, des initiatives telles que la plateforme PIX permettent d’évaluer et de développer les compétences numériques. La création de la grande école du numérique permet de former aux métiers en tension avec notamment le développement de certifications, CQP et titres professionnels.
Cependant, l’évolution des certifications pose question.

LES ENJEUX DES BESOINS DE FORMATION

Il existe un fort enjeu de l’accompagnement de la reconversion des salariés les plus fragiles. L’évolution du dispositif du CPF tente d’y répondre. Cependant, le risque de l’accentuation des inégalités reste présent, polarisation.  Les enjeux en termes d’organisation et de conditions du travail sont importants.  La place des machines et des hommes dans le travail n’est pas mécanique, elle sera conditionnée par les choix économiques, sociaux, politiques et le dialogue social.

 

Discussion par Jérôme Gautié - Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Centre d'Economie de la Sorbonne

A partir des années 1980, l’évolution technologique a modifié les compétences attendues dans les emplois les moins qualifiés puis a atteint les emplois les plus qualifiés à partir des années 2000. Dorénavant, tout type d’emploi est menacé. Exemple du métier d’avocat où l’accès à une compilation d’encyclopédies en ligne représente un risque pour le métier de documentaliste et d’avocat junior.

4 scénarii sont envisagés :

- L’automatisation des emplois non qualifiés va-t-elle se poursuivre ? Certaines entreprises reconsidèrent l’automatisation de certaines tâches. Exemple de la logistique où l’accumulation de BIG DATA pose soucis. Difficultés de traiter un nombre d’information et perte de l’analyse fine du processus de production.

  • Va-t-on assister à une réelle montée en compétences des qualifications ? Les ouvriers disent vivre les évolutions comme une déqualification. Ex : automatisation des tâches, où l’homme devient un « robot humain ».
  • La digitalisation du travail peu qualifié : va t-on assister à un mouvement de néo-taylorisme ou digital taylorisme.

LES REPONSES EN TERMES DE FORMATION

Une coopération avec les acteurs de la formation et de l’emploi est privilégiée. Des institutions comme Pôle Emploi, les agences de recrutement, les centres de formation permettent de former via des périodes d’alternance courtes et des mises à niveau.

Un socle numérique de base devrait pouvoir être assuré par l’Education Nationale.

Retrouver la présentation de Nicolas Fleury et celle de Jérôme Gautié

 

Au cours de l’année 2018, deux autres rendez-vous sont prévus en  juin et en octobre, sur le thème « Le travail à l’ère du numérique ».