« Lorsque l’enfant arrive au monde, il n’y a aucune raison pour que ce soit juste la maman qui s’en occupe »

Cette déclaration d’Emmanuel Macron du mercredi 23 septembre dans une vidéo sur Facebook introduisait la décision d’allonger le congé paternité de quatorze à vingt-huit jours, dont sept obligatoires. La mesure figurera dans le prochain projet de loi de financement de la Sécurité sociale, pour une entrée en vigueur prévue mi-2021. Vincent CARRIO, Directeur Régional VINCI Energies en charge d’Uxello Grand-Ouest et Wonjé BYTHA, Directrice Diversité chez BNP Paribas Personal Finance apportent chacun leur point de vue sur ce sujet de diversité et d’égalité professionnelle.
« Lorsque l’enfant arrive au monde, il n’y a aucune raison pour que ce soit juste la maman qui s’en occupe »

En introduction, il faut rappeler que la France rattrape enfin son retard notamment sur l’Espagne où le congé paternité est de 8 semaines avec une partie obligatoire mais aussi sur le Portugal, où une partie du congé maternité peut être transférée à l’autre parent. Dans les pays nordiques, un congé parental est octroyé à chacun des parents. En Islande, chaque parent a droit à trois mois, et il reste trois mois à partager entre eux.


Aujourd’hui en France seulement 7 pères sur 10 prennent ce congé paternité. 80% des salariés en CDI y ont recours mais la situation est très différente en fonction de la situation professionnelle. Les pères qui sont un peu plus précaires ne prennent pas le congé - soit parce qu'ils ne se sentent pas autorisés à le faire, soit parce qu’ils ont le sentiment que ça va accroître la précarité de leur emploi. 

En tant que salarié, quel regard portez-vous sur le sujet de la diversité ?

Vincent CARRIO « Notre secteur d’activité a par définition beaucoup de difficultés à mettre en place la mixité F/H. Nos métiers sont traditionnellement peu ouverts aux femmes. Nous sommes conscients que nous avons une marge de progression mais réalisons un gros travail pour féminiser l’encadrement, et ce par diverses actions comme la sensibilisation dans les écoles, la cooptation, et le travail réalisé avec des associations comme « elles bougent », association qui vise à susciter des vocations féminines dans les métiers de l’ingénierie. Les premiers résultats se font sentir car depuis 3 à 4 ans, des femmes ingénieures ont rejoint notre encadrement.  Sur notre site de Rennes, 50% de notre encadrement est même féminin. Chez Uxello, nous avons conscience que la diversité dans l’entreprise est une force et que les entreprises qui ont fait ce choix vont plus vite et sont plus agiles.   Nous savons aussi que nos métiers sont en tension et qu’il serait donc inopportun de se passer d’un réel vivier humain que sont les femmes ou les jeunes. Or en 2020 une entreprise qui n’a pas compris les attentes de ces derniers en termes de diversité, ne peut en aucun cas être attractive et n’arrivera pas non plus à fidéliser ses collaborateurs. » 

 

Quel regard portez-vous sur l’allongement du congé paternité ? 

Wonjé BYTHA « Je pense que cette nouvelle règlementation est un bon début et une très belle avancée en termes d’évolution sociétale mais surtout en termes de levier à activer dans le cadre de l’égalité professionnelle en entreprise. Pourquoi un père ne pourrait pas avoir le privilège de passer du temps avec son enfant dans le cadre de sa naissance, surtout quand on sait quel rôle incontournable il joue dans son éducation. Plus les pères pourront contribuer à ces temps forts autour de la naissance, plus la femme pourra de son côté concilier l’équilibre vie personnel et vie professionnelle sans avoir à mettre « entre parenthèse » sa carrière qui représente l’un des 1ers facteurs de l’inégalité professionnelle. » 

Vincent CARRIO « Il me semble que les annonces faites par le gouvernement vont plutôt dans le bon sens. Chez UXELLO, nous sommes attachés au congé paternité et l’entreprise le rendait déjà accessible en compensant la perte de salaire même si de nombreux collaborateurs ne le prenaient pas. Mais on a vu évoluer des tendances. La nouvelle génération est plus à l’aise avec ces mesures et ces congés sont plus facilement pris pour le 1er enfant. »

 

Comment votre entreprise s’engage au quotidien en faveur de l’égalité F/H ? 

Wonjé BYTHA « Nous travaillons la thématique de l’égalité professionnelle depuis plusieurs années maintenant. Plusieurs actions ont été mises en place comme un accord sur l’égalité professionnelle dès 2005, accord qui a été renouvelé à cinq reprises. Depuis 2008, une enveloppe visant à réduire les écarts salariaux entre les hommes et les femmes a été débloquée et est renouvelée annuellement pour un montant en 2020 de 400 K€. La volonté de notre groupe est de permettre aux collaboratrices ayant les compétences, d’accéder à des postes de direction. C’est pourquoi nous nous engageons dans le cadre de nos accords à suivre certains objectifs et indicateurs. Notre ambition était d’atteindre sur la cible de cadres un pourcentage de 49% de femmes à fin 2019 et notre objectif a été dépassé dès la fin 2018 avec un pourcentage de 50,9%de femmes cadres.  
Nous développons aussi des actions de sensibilisation en interne pour lutter contre le sexisme et les violences conjugales. 
Sur le congé maternité et paternité, nous veillons à ce que les salariés puissent continuer à bénéficier des augmentations générales et que ce congé ne soit pas un frein financier. Les parents ayant accueilli un enfant pourront demander un temps partiel et jusqu’au 3ème anniversaire de l’enfant, BNP PARIBAS PERSONAL FINANCE prend à sa charge le différentiel entre le temps plein et le temps partiel qui sera cotisé à 100%. 
En plus du congé maternité légal de 16 semaines, le salarié a la possibilité de prendre un congé supplémentaire rémunéré (45 jours payés à 100% ou 90 jours payés à 50%) et un congé parental rémunéré dont 58 jours payés à 100% soit un maximum de 148 jours au total rémunérés et en plus du congé légal.  
De même pour le congé paternité, nous veillons à maintenir la totalité de la rémunération sans condition d’ancienneté. »  

 

Quelle sont les difficultés rencontrées et les mesures que l’entreprise devra mettre en place l’allongement du congé paternité ?

Vincent CARRIO « Pour les collaborateurs, le congé paternité peut inquiéter car il casse le rythme de travail. Certains d’entre eux craignent de s’absenter trop longtemps avec un retour qui s’annonce alors difficile. Certains pensent encore qu’il peut être mal vu de franchir le pas. 
Rendre une partie de ce congé obligatoire, permettra de couper court à toute forme de difficulté. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles une partie du congé maternité est devenue obligatoire. 
Les RH ont un rôle essentiel pour bien mener ces changements. Si nous avons su bien préparer le congé maternité, nous serons capables de bien préparer le congé paternité.  La communication auprès des collaborateurs restent essentielle. Il faudra réfléchir au bon processus pour pouvoir inciter nos collaborateurs à prendre ces congés, sachant que pour une entreprise à taille humaine, l’absence d’un salarié pendant 28 jours peut avoir des conséquences sur l’activité si cela n’a pas été au préalable bien préparé.
Le travail de réflexion est un travail qui doit être mené avec les RH, les représentants du personnel, le chef d’entreprise et ne pas oublier que l’équilibre vie professionnelle / vie personnelle est un levier d’attractivité et de fidélisation dans l’entreprise. Un collaborateur qui va bien est une entreprise qui va bien. »

 

Quel message auriez-vous à faire passer aux salariés masculins qui se demandent comment participer à faire progresser l’égalité professionnelle F/H au sein de l’entreprise ?

Wonjé BYTHA « Je pense que le rôle de l’homme est primordial dans l’avancée du sujet. L’idée de travailler sur cette thématique n’est pas de travailler contre les hommes mais bien avec eux. Ce n’est pas une guerre des sexes mais bien un sujet de rééquilibrage dont le bénéfice servira autant la cause des femmes que celles des hommes. C’est pourquoi nous avons également besoin de leur regard, de leur avis, de leur contribution. Nous devons ensemble co-construire l’entreprise de demain sans laisser personne sur le bord du chemin et surtout pas les hommes ».